lundi 29 décembre 2008

Les facteurs clés du succès pour développer des Entreprises Intermédiaires

Aux Etats-Unis, 6% des sociétés du Fortune5000 n'existaient pas il y a 25 ans; les Google, Apple et autres Amazon ont intégré ce classement des 5000 plus grosses entreprises américaines, il y a moins de 10 ans... de la même façon des acteurs centenaires tels que Lehman Brothers, Andersen Consulting ou Chrysler ont disparu (ou presque). Une économie de marché efficace, concurrentielle, génère certes des bulles quand ses acteurs perdent tout sens éthique et de l'intérêt général, au profit du seul gain immédiat et individuel, mais elle permet surtout en éliminant les acteurs qui n'ont pas su évoluer ou qui ont "triché" avec le système, de renouveler le tissu industriel lui permettant d'être plus fort.

La France, de son coté, manque de ces Entreprises de Taille Intermédiaires(ETI) - ces entreprises que l'on parvient enfin à nommer et qui trouvent leur place, dans la segmentation des entreprises, entre les TPEs (moins de 10 salariés) et PMEs (de 10 à 250 salariés) et les Grandes Entreprises (plus de 5000 salariés). Ces entreprises intermédiaires sont les entreprises de croissance qui réussissent...
Le hasard fait que l'on en reconnait, enfin, leur importance à un moment où, la crise aidant, un certain nombre d'entre elles risque de disparaitre...

Pourquoi sommes nous donc incapables de renouveler notre tissu industriel comme les Etats-Unis arrivent à le faire ?

Il y a quelques jours, j'assistais au petit déjeuner du cycle "entrepreneuriat" des anciens de Wharton et de l'Insead à Paris que j'avais évoqué dans un précédent billet sur le développement durable. Thierry, le PDG et fondateur de Solairedirect y témoignait de son parcours d'entrepreneur, de valeurs et de développement durable. En plus de Thierry, j'y croisais quelques autres entrepreneurs innovants et visionnaires, notamment Bruno, le fondateur de VG Environnemental, l'un des premiers cabinets d'architecte eco-responsable. Il vient de réussir l'exploit de construire le nouveau siège de Réseaumatique, à la norme HQE, pour un prix au m2 inférieur à 1000 €, soit 2 à 3 fois moins cher que le prix moyen des bâtiments conçus par ses confrères.

Thierry est revenu brièvement sur son parcours, aux Etats-Unis, en banque d'affaires, puis sur sa première création d'entreprise, NetsCapital, un banquier d'affaires pour la Nouvelle économie qui ne survivra pas à l'éclatement de la bulle Internet, et enfin sur sa seconde création - Solairedirect, courant 2006. Le développement de Solairedirect est impressionnant : 1,3 M€ de CA en 2007, 23 M€ en 2008... 170M€ prévus en 2010. Solairedirect est une ETI comme on en rêve de ce coté-ci de l'Atlantique.

Je souhaitais, surtout, revenir sur les particularités de l'histoire de Thierry - une histoire d'entrepreneur qu'il qualifie "d'assez américaine". Les voici telles qu'il les exprime:
  1. Solairedirect est issue d'une 1ère expérience, NetsCapital, qui avait une réputation de professionnalisme, dont Thierry a pu profiter pour créer Solairedirect...
  2. C'est beaucoup de travail : "beaucoup de transpiration, un peu d'inspiration..."
  3. Une équipe diverse : sur les 6 fondateurs de Solairedirect, deux sont des français issus de la diversité...
  4. Un financement en amorçage d'un montant rare en Europe : 6 M€, 5 mois seulement après la création...
  5. Une participation de tous au capital de l'entreprise, salariés (y compris les ouvriers sud africains) comme financiers; Thierry ne possède plus que 8% du capital de Solairedirect, mais il en garde la maitrise au travers de la compétence...
  6. Penser grand dès le premier jour... et se donner les moyens d'exécuter...
  7. Construire des partenariats forts avec des grands groupes, pour pouvoir se battre face à ses concurrents énergéticiens qui défendent leur position...
  8. Une logique d'internationalisation, très rapidement : usine en Afrique du Sud, marchés méditerranéens...
  9. De l'innovation à tous les niveaux, et notamment un business model innovant, une démarche d'industrialisation des processus...
  10. Relever les défis humains et de management d'une entreprise de croissance en attirant les meilleurs et notamment ceux qui ont la capacité de structurer et de construire durablement...
Thierry a conclu, enfin, en parlant de valeurs et d'alignement avec l'intérêt général; en effet, il pense que :
  • Les entreprises ne se développent, que si leur activité est alignée avec l'intérêt général...
  • Il faut être ouvert, transparent; c'est le facteur clé de succès...
  • La confiance est un travail de tous les jours...
  • Il préfère être minoritaire car ça l'oblige à rendre des comptes...
En conclusion, je pense que l'atteinte de l'objectif gouvernemental affiché qui est de « créer 2000 nouvelles entreprises de taille moyenne de plus de 500 salariés d'ici 2012 », ne viendra que de notre capacité à
  • changer la vision que nous avons, en France, de l'entreprise,
  • oublier notre ego gallique, à prendre les bonnes idées là ou elles se trouvent, y compris de l'autre coté de l'Atlantique,
  • reconnaitre et aider les entrepreneurs innovants et visionnaires et, enfin,
  • savoir, pour nous entrepreneurs, montrer le chemin, comme Thierry a très bien su le faire.

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