lundi 29 juin 2009

Le renouveau de l'industrie logicielle en France

Quand les politiques se trompent de combat

Je me souviens d'une discussion il y a maintenant 5 ans, avec Jean-Paul, alors en charge "des logiciels libres et des acteurs industriels" à l'ADAE (l'agence pour le développement de l'administration électronique, qui a, depuis, été fondue dans la Direction générale de la modernisation de l'État). Je cherchais alors à comprendre pourquoi l'administration française faisait autant la promotion du logiciel libre, alors que l'innovation et la création de valeur se trouvaient, selon moi, plutôt du coté des éditeurs de logiciels. Jean-Paul m'avait alors donné un certain nombre de raisons : "Ce n'est par pour des raisons économiques, car tout le monde sait que l'open source revient plus cher que les progiciels", m'avait-il répondu. Les raisons invoquées m'avaient interpelé:
  • "L'Open Source est un moyen pour l'administration de motiver ses collaborateurs [...] en effet, avec les solutions éditeurs, la mise en œuvre, le paramétrage sont effectués par des intégrateurs[...] avec les logiciels libres, ce sont les informaticiens de l'administration qui font la mise en œuvre...".
    Je me faisais alors la remarque, que nos fonctionnaires, payés avec nos impôts pour rendre l'Etat plus efficace et ainsi apporter un meilleur service aux entreprises et concitoyens que nous sommes, devaient être motivés en leur permettant de contribuer du code source aux communautés open source... et ceci avec le support officiel des politiques : des initiatives, telles que Lutece développé par la Mairie de Paris, SPIP-Agora par le SIG (Service d'Information du Gouvernement), e-bourgogne initialisé par le CR de Bourgogne ou CapWebCT financé par le CG du Val d'Oise, sont emblématiques de ces dérives avec les conséquences non négligeables pour les utilisateurs de ces technologies qui se se retrouvent, sans le savoir, prisonniers de solutions non pérennes et/ou à la merci de décisions purement politiques. Je laisserai également le lecteur juger si ces initiatives constituent ou non, un bon usage des deniers publics....

  • "L'industrie logicielle française n'existe pas [...] Donc autant favoriser le développement des sociétés de services qui ne peuvent pas délocaliser [...] ". L'emploi en France justifiait le support à l'open source...
Non seulement le support public en faveur de l'open source introduit une distorsion de concurrence entre éditeurs et intégrateurs, mais on observe 5 ans après, que l'administration de l'époque avait tout faux :
  • On constate que les intégrateurs, favorisés par le support public à l'open source, ne s'interdisent pas de délocaliser : en 2008, selon le cabinet d’analyse Pierre Audoin Consultants (PAC), "l’ensemble des prestations de services informatiques en France réalisé en offshore (Espagne, Afrique du Nord, Europe de l’Est, Amérique du Sud, Canada, Asie Pacifique) a représenté un volume d’affaires de 1,2 milliards d’euros, soit 5% du marché des services informatiques en France (conseil, intégration de systèmes, formation, externalisation, maintenance matériel)"....
  • Quand à la faiblesse des éditeurs de logiciels, elle était sans doute due à des éléments culturels (la relation à l'argent et/ou au marketing, dont j'ai déjà parlé) et au fait que cette industrie n'était pas reconnue en tant que telle, mais fondue dans une industrie des services informatiques qui la phagocytait : pas de code NAF, une chambre syndicale - Syntec Informatique - commune aux intégrateurs et aux éditeurs....
Les Éditeurs de logiciels en 2009

Tout ceci change très rapidement! Certes, la France n'a pas échappé à la vague de concentration qu'à connu l'industrie mondiale du logiciel - vague qui a conduit à la disparition des plus prometteurs représentants de cette industrie : GL Trade, Cartegie, Business Object, Ilog... pour n'en citer que quelques uns. Aujourd'hui, selon l'Eurosoftware 100, la part de marché des éditeurs de logiciels français en Europe aujourd'hui n'est plus que de 3% (contre 52% pour les éditeurs américains)...

Mais c'est surtout à la fois cette politique publique en faveur de l'open source et l'absence, jusqu'à il y a 3-4 ans, de politique industrielle en faveur du logiciel, qui ont conduit à l'anémie actuelle de l'industrie française du logiciel, qui n'est plus composée aujourd'hui que d'acteurs petits et moyens, sans aucun acteur d'envergure mondial à l'exception de Dassault Systèmes.

Heureusement, depuis que les éditeurs se sont fédérés au sein de l'AFDEL (l'Association française des éditeurs de logiciels), cette industrie se développe de nouveau dans le bon sens. Le travail de l'AFDEL, la réaction du comité Éditeurs de Syntec Informatique, une politique gouvernementale en faveur de tous les logiciels, l'évolution des mentalités vis à vis de l'entrepreneuriat ont permis de mettre en place les fondations sur lesquelles bâtir de nouveau une véritable industrie, compétitive au niveau mondial. A ce sujet, l'accord récent entre l'AFDEL et le FSI est extrêmement prometteur pour permettre aux éditeurs français d'étoffer leurs fonds propres et se donner les moyens de se développer à l'international.

La France sachant innover, et disposant d'excellentes compétences techniques, il ne lui manque plus,maintenant, qu'une véritable culture de l'ambition comme l'a très justement analysé le G9+ dans son livre blanc "Quel avenir pour les grandes industries TIC à l'horizon 2015".

Et la relève se profile...

Les dernières semaines nous permettent cependant d'être optimistes, pour se rendre compte que l'on a passé le point bas :
  • BlueKiwi Software, éditeur de solution Enterprise 2.0, lève des fonds auprès de Dassault Systèmes et de Sofinnova. S'il veut suivre le chemin de Dassault Systèmes plutôt que celui de Reef, Carlos doit maintenant développer le Chiffre d'affaires et la rentabilité.
  • Connecthings, éditeur d'une plateforme de gestion de tags et de contenus contextualisés - fonction du temps et de la localisation. Maintenant que les démonstrateurs ont permis de valider la technologie, Laetitia doit continuer de se battre pour convaincre les décideurs du retour sur investissement qui accompagne cette nouvelle manière de vivre la ville. Le Time to Market est en effet crucial dans l'innovation!
  • Jalios continue d'innover et introduit Jalios ESN, une offre Reseau Social d'Entreprise. Vincent et Olivier se doivent maintenant de relever le challenge de la croissance à l'international. A défaut, Jalios ne risque pas de faire mentir les analystes américains, qui tels Tony, de CMSwatch, constatait en 2005 "[...] 8 leading CMS vendors in France, few very active outside francophonie."
  • Nuxeo, éditeur opensource de solution ECM, poursuit son développement à l'international. au-delà des déclarations d'intention, Stéfane doit montrer qu'il est capable d'innover pour pouvoir "multiplier son chiffre d'affaires par 3 en 2 ans"...
  • XWiki, éditeur de Wiki opensource professionalise son développement commercial en faisant appel aux compétences d'Yves. Ces dernières années, Ludovic a beaucoup investi dans l'humain et embauché. Il ne doit pas oublier qu'un modèle de business opensource ne peut faire oublier les fondamentaux de l'entreprise.
  • Lokad, éditeur SaaS de prévision de la demande, cible immédiatement le marché mondial. Joannès doit continuer de faire avancer sa technologie, notamment sur le Cloud, sans oublier le développement du Chiffre d'affaires.
  • LeadFormance, éditeur SaaS, propose le chainon manquant pour transformer un prospect online en un client. Pierre-André et Cyril ont pu s'appuyer sur leur investisseur pour sauter les étapes. Il leur faut maintenant investir en Marketing pour se faire connaitre des prescripteurs.
  • Kwaga nous promet de ne plus nous noyer dans notre mailbox. Philippe, qui est un serial entrepreneur (il est à l'origine de Sinequa, une belle réussite) doit sortir son produit et trouver un modèle de business créateur de valeur.
  • Prim'X Technologies, éditeur de solution de chiffrement, poursuit l'internationalisation de son offre. Serge va maintenant pouvoir passer à la vitesse supérieure.
  • "Doc-in-the-box", le projet de User Relationship Management en mode SaaS : Guillaume et Stéphanie vont révolutionner le métier de la gestion de documentation; le proto est fini à 80%, l'idée est excellente, il leur faut maintenant exécuter au meilleur niveau.
Ces quelques entrepreneurs français, sont les acteurs du renouveau de l'industrie logicielle en France. Aucun d'entre eux n'est encore présent dans le Truffle 100, cependant, tous innovent et réinventent leur marché pour constituer demain la relève.

Je suis persuadé que parmi eux figurent les leaders de demain.

Qu'en pensez-vous ?

1 commentaire:

Agence web Madagascar a dit…

'Je suis persuadé que parmi eux figurent les leaders de demain'. C'est tout à fait vrai!