jeudi 16 juillet 2009

Garder le cap pour rebondir...

L'autre jour, j'assistais à la conférence prospective G9+ "Les TIC à l'horizon 2015: garder le cap pour rebondir - 11 idées du livre blanc G9+". Cette conférence qui était organisée dans le grand amphi de l'école Arts&Métiers ParisTech, avec des intervenants représentant les principaux domaines liées aux TICs :
  • Bernard Charlès, DG de Dassault Systèmes, représentant des éditeurs
  • Yseulis Costes, PDG de 1000mercis, représentant des nouveaux usages internet
  • Jean-Philippe Courtois, Président de Microsoft International
  • Pascal Lagarde, DG de CDC Entreprises, représentant le Capital Risque
  • Jean Mounet, VP Sopra Group et Président de Syntec Industrie, représentant à la fois les Sociétés de Service et l'industrie des TICs
  • Bruno Ménard, DSI Sanofi Aventis et Président du Cigref, représentant des utilisateurs
  • Jean-Philippe Vanot, Directeur Executif en charge de l'innovation marketing de Groupe France Telecom Orange, représentant des telcos
Un plateau d'une belle qualité, animé par Philippe Grange et introduit par Jean-François Perret, VP de Pierre Audoin Consultants et animateur du Groupe prospective du G9+, sans oublier, en guest star, l'intervention de Nathalie Kosciusko-Morizet, Secrétaire d'État chargée de la Prospective et du Développement de l'économie numérique, récemment identifiée par l'agence Human to Human, dans son étude "Podium des ministres sur internet", comme étant la ministre qui maitrise le mieux le Web pour communiquer... NKM est intervenue pour apprécier la démarche collaborative mise en œuvre lors de la rédaction du livre blanc du G9+ et pour parler des 2 outils récemment annoncés, l'Appel à Projets dans le cadre du volet numérique du plan de relance et l'intérêt de l'emprunt Sarkozy pour accélérer le déploiement du très haut débit (fibre optique) nécessaire au développement de nouveaux usages. Notre gouvernement prend en considération l'importance des TICs pour préparer le futur.

Cette conférence prospective s'est organisée en 3 temps : la crise (2009), la sortie de crise (2012), les ruptures essentielles de 2015. Mon objectif n'est pas, ici, de faire un compte-rendu de cette conférence mais uniquement de reprendre les éléments saillants et de vous faire part de quelques réflexions. Vous trouverez sur le web une carte heuristique de cette conférence.

Philippe Grange a redéfini la prospective comme étant "le bel art d'envisager le faux avec des mots justes"... Tout n'était pas que prospective; une bonne partie de cette conférence traitait de la crise - la crise, révélateur des forces et des faiblesses des entreprises, la crise financière et économique qui masque une crise de notre mode de développement et une crise sociétale...

Des entreprises qui doivent optimiser leur structure de coût

La crise, avec la baisse de la consommation ou la chute des exportations oblige les entreprises à revoir leur structure de coût. Elle représente donc des opportunités pour les entreprises, qui offrent des solutions permettant d'optimiser les coûts.

L'internet et la crise vont ainsi favoriser le développement de nouveaux modèles de business qui permettent de réduire les coûts, tels que les sites de déstockage, la co-création ou autour du SaaS, du cloud computing ou de la simulation, voire de l'open source s'il "peut répondre à l'équation du service rendu"...

La crise, révélateur des forces et faiblesses des entreprises, favorise, aujourd'hui et demain, les entreprises plus particulièrement autofinancées (ou à structure de coût légère), car la crise financière a rendu difficile la levée de fonds par les gestionnaires de capital risque. Ce qui constituera un problème de financement majeur pour les entreprises innovantes dans les prochaines années...

Des entreprises qui en sortiront plus fortes

Pour passer le creux, la crise pousse les entreprises à être encore meilleures en marketing, à la fois en connaissance client et pour communiquer leur proposition de valeur.
Elle incite également les entreprises à investir pour innover plus et pour se différentier. Elle offre donc des opportunités pour les entreprises innovantes qui sont bien placées pour aider les grandes à gagner en compétitivité.

La question du Cloud Computing et de sa capacité à aider les entreprises à se différencier a été posée : Bruno Ménard, qui représentait les DSI des grandes entreprises, a dans un premier temps dit que, en sortie de crise, à l'horizon 2012, les entreprises devraient plus particulièrement travailler sur des SI différentiants pour créer de la valeur; c'est la raison pour laquelle, les entreprises, selon lui, ne s'intéresseront pas au Cloud computing dont les services ne seront pas suffisamment différentiants.... affirmation qu'il a modéré dans un second temps...
Il faut d'ailleurs noter les études des analystes Forrester et Saugatuck auprès des DSI qui montrent que, malgré la jeunesse de ces technologies, les DSI se préparent aux services sur le Cloud: la jeunesse du Cloud Computing ne semble pas poser de souci, car selon l'enquête Saugatuck, plus de la moitié des décideurs interrogés pensent que, dès 2011, les technologies seront mûres pour une adoption significative par les DSI.

Au-delà, les ruptures et technologies que l'ont peut attendre dans le futur proche sont celles du M2M (combien de puce dans une voiture, du crowdsourcing ( faire de ses clients des co-créateurs), des IHM tactiles, des systèmes centré sur l'homme (le Dossier médical partagé, la communication unifiée, la gestion de l'énergie en fonction de la présence...), les capteurs sous la peau (pour faire de la prévention), les nanotechnologies, la simulation et les mondes virtuels qui vont bouleverser la pharmacie, la santé, l'éducation, l'innovation...

Une crise environnementale

La crise économique cache également une autre crise, celle du monde dans lequel nous avons vécu jusqu'à maintenant, aux ressources illimitées et construit sur la dette. A ce titre, à la lecture des statistiques du chômage outre atlantique, on pourrait légitimement se demander si nous rentrons ou non dans une "nouvelle" économie qui n'offrirait pas le plein emploi....

Là encore les TICs, au travers du green IT promettent de réduire la pollution, l'impact sur l'environnement, la consommation énergétique ou d'éviter les déplacements superflus, la conservation d'énergie...

Un facteur de changement

La crise enfin est également un remarquable facteur de changement: non seulement des usages, des formes de consommation, des critères de valeur, mais également des organisations et des individus, car elle réduit sensiblement le nombre de réfractaires au changement ...
On observe d'ailleurs, de plus en plus, un écart entre l'offre et les nouvelles attentes des consommateurs et, au sein du monde du travail, entre l'entreprise et les collaborateurs, que ceux-ci travaillent ou soient en recherche active.... Il convient d'ailleurs de se poser la question des implications d'une reprise qui ne créerait pas d'emplois.
Cette crise favorise donc aussi les "start-ups", entreprises agiles, capables d'évolution rapide et qui, non prisonnières d'un système d'information existant, peuvent tirer partie au mieux des nouvelles solutions internet qui émergent dans le grand public. En effet, l'internet est le seul domaine ou les annonceurs (notamment les grandes entreprises et les PMEs) et les autorités (le législateur) ont un retard chronique vis à vis des consommateurs.

La crise, avec ses conséquences en terme de pouvoir d'achat ou de perte d'emploi salarié, va favoriser le développement de nouveaux modèles de business notamment en C2C, tels que le crowd sourcing (les applications pour iphone), la co-création (cf 3Dvia, par exemple, le site communautaire de création et de partage de contenu 3D)...

L'innovation pure conduit à l'émergence de nouvelles solutions plus ergonomiques (nouvelles IHM tactiles, les interfaces 3D...), permettant de mieux communiquer (le social networking). Les solutions de social networking seront, à ce titre, majeures pour reconnecter le consommateur à l'offre et le collaborateur à l'entreprise....

Une crise de société et de valeurs qui remettra l'humain au cœur

Cette crise est aussi une crise de société et de valeurs qui conduira très certainement les entreprises à travailler, beaucoup plus qu'aujourd'hui, sur le long terme, et à fidéliser ses collaborateurs en les faisant travailler sur un projet fédérateur.

Les valeurs internet sont des valeurs humaines, de diversité culturelle.... Ainsi l'entreprise de demain sera organique et ses valeurs seront diffusées par le SI...

Enfin, il faut que l'industrie des TICs puisse trouver, dans le futur, les ressources et les compétences. Donc, pour notre société, une des questions posées est celle de l'attractivité des TICs et de l'innovation auprès des femmes et des jeunes.

Enfin se pose plus globalement la question de notre culture et de nos valeurs : le panel a évoqué le besoin des entreprises de pouvoir recruter des gens adaptatifs et fidèles à l'entreprise. Je retournerai la question en disant que notre culture doit évoluer pour que nos enfants soient adaptables et motivés/impliqués dans le travail....

Un point capital n'a pas été abordé dans cette conférence fort intéressante, celle d'une culture de l'ambition et de l'entrepreneuriat : la salle était remplie de personnes issues des écoles d'ingénieurs et de commerce qui participent au G9+ . Ce sont donc parmi les plus prestigieuses... mais quand on regarde la liste des participants, on constate que 90% d'entre eux travaillent dans des grandes entreprises ou administrations.... alors que l'innovation, notamment aux États-Unis, est majoritairement issue de PMEs innovantes....

J'ai donc interrogé Bernard Charlès sur ce point - Bernard que je connaissais pour lui avoir proposé, il y a quelques années, de rejoindre le Conseil d'administration de ma société, ce qu'il avait poliment refusé en mentionnant un manque de temps; je lui ai donc demandé quel était son point de vue par rapport au constat précédent. Il m'a répondu qu'il regrettait que les jeunes, en France, préfèrent trop souvent devenir fonctionnaire ou rejoindre des grandes entreprises... et que dans son cas, 3 de ses 5 enfants avaient pris la voie de l'entrepreneuriat.

Je fais donc le souhait que 60% de nos enfants choisissent également, dans le futur, cette voie. C'est ainsi que nous développerons le monde de demain ("nouvelle" économie ou non) et que nous rebondirons ...

Et vous que pensez-vous ?

1 commentaire:

François a dit…

Bonjour Alain,

Je parcours avec attention ton blog d'observateur attentif du monde. Je n'ai pas trouvé l'espace de débat. J'imagine qu'il est largement alimenté par la communauté des ex-Sun. Bonne continuation dans la réalisation de cette oeuvre salutaire. François